Sauvages et libres

Comme tous les jours "Grand cerf" marche sans raison,
Longeant la clôture qui entoure sa prison.
Pourquoi n’avait-il pas, il y a trois saisons,
Ecouté la vieille biche : " grise toison" ?
Tous les grands animaux, convoqués par les sages,
S’étaient réunis, en milieu de lunaison.
La rumeur qui circulait, très mauvais présage,
Avait été confirmée par " Grise toison" :
Les hommes emprisonnaient, avec des grillages,
Toute la forêt, la changeant ainsi en cage !
Alors, elle avait exhorté ses compagnons
A fuir ce territoire et tous ses cantons !
Elle en connaissait un, parfaitement tranquille,
Oublié des humains, ces êtres mercantiles,
Où tous les animaux, pourraient vivre vraiment,
Sans clôture pour entraver leurs mouvements !
Ah ! Bien sûr la vie serait plus dure qu’avant !
Cette contrée n’offre pas de si bons auspices,
Que celle qu’ils occupaient jusqu’à maintenant !
Mais rester libre vaut bien des sacrifices !
Au diable les prisons, les parcs, les enclos !
Quelle que soit leur taille, ce sont des cachots !
Ainsi, " Grise toison" cracha fort sa colère !
Et partit sans l’ombre d’un regret, libre et fière !
Tous les animaux, aussitôt, l’avaient suivie,
Excepté " Grand cerf " et quelques compatriotes
Qui regrettaient depuis leur décision idiote,
En faisant aujourd’hui le bilan de leur vie...
Les hommes avaient aménagé la forêt,
Créé des allées, des cultures à gibier.
La nourriture est si riche et si variée,
Que les rigueurs de l’hiver, leurs sont ignorées.
Mais dans leurs yeux ne brille plus une flamme,
Ils errent seuls, hagards, ils ont perdu leur âme,
Et les voir ainsi désemparés me désarme.
Sans liberté, hélas, ils ont perdu leur charme !