Le 13 juillet, je décide d'aller tenter de chercher un peu de fraîcheur en montagne. Le 14 juillet à 6h 00, je suis à pied d’œuvre, ou plus exactement au pied de la montée qui m'attend : 800m de dénivelé et 4h 00 de marche. Ce sont les deux premières heures qui sont les plus pénibles, mais elles sont ombragées et, à cette heure matinale, la température est encore raisonnable à 1200m (19°c indique la voiture). Vers 8h 00, je sors en pelouse, en plein soleil, mais la pente est désormais douce. A 10h 30, j'arrive à mon point d'affût et, comme il est très tôt, je m'amuse avec quelques papillons qui butinent de fleur en fleur dans la pelouse. En effet, je compte rester jusqu'à 20h 00 à l'affût et je ne me vois pas trop m'y installer dès mon arrivée. Demi-deuil (Melanargia galathea).
Je cherche ensuite un endroit frais et confortable pour déjeuner et pour faire une petite sieste. A 14h 00, je m'installe dans l'affût. Très vite, je remarque que le vent n'est pas bien régulier et je doute qu'un cerf ou une biche ne sorte dans la petite combe qui m’intéresse. Je reste en place malgré tout jusqu'à 20h 00, car je n'ai pas de plan B. Comme je l'avais envisagé, j'apercevrai une biche à 18h 10 qui restera à distance et aboiera pendant plus de 10 minutes, et c'est tout. A 20h 00, dépité, je plie bagage et j'entame la descente. Celle-ci sera beaucoup plus réconfortante car il y a des animaux sortis partout. Dès la première arête franchie, je tombe sur une biche et son faon broutant tranquillement. Biche et faon dans les rhododendrons, la bruyère et les myrtilles.
Le faon monte me voir.
Après avoir contourné cette arête, je tombe, dans la combe suivante, sur un jeune cerf en velours.
En fait, toute une harde broutait dans ce petit vallon.
Un peu plus bas encore, dans une tourbière, deux biches me regardent arriver.
Celle-ci n'est pas pressée de s'enfuir et se retourne une nouvelle fois. J'aime beaucoup cette posture !
Après la tourbière je repasse un petit relief et, derrière, une autre surprise m'attend. Un autre jeune cerf en velours m'offre l'occasion d'immortaliser une nouvelle fois cette posture !
Un second le suit et disparaît à son tour en escaladant cette petite arête pierreuse.
Je reprends ma descente et, en passant dans une clairière enclavée dans la forêt, j'aperçois 4 grands cerfs en velours qui ont pratiquement tout allongé. Hélas, il fait presque nuit et je n'essaye même pas de faire un cliché. Le lendemain matin je décide de retourner dans le même secteur, mais d'aller cette fois me mettre à l'affût sur la tourbière traversée la veille. Elle est située plus bas que l'affût d'hier, 1700m au lieu de 1860m, ce qui m'économise une heure de montée. Cependant, du fait des grosses chaleurs, je commence mon approche une nouvelle fois à 6h00 pour profiter au maximum de la fraîcheur. Aujourd'hui, je suis sur place vers 9h30. Il est bien sûr beaucoup trop tôt pour me mettre à l'affût, alors une fois celui-ci monté, je parcours environ 300m pour rejoindre le bord d'un petit ruisseau qui descend en chantant de la montagne. Ses berges sont parsemées d'Orchis tachetés. Cela me donne envie de prendre un peu de temps, car j'en ai à revendre, pour tenter de les mettre en valeur. En plus, par cette chaleur, s'allonger dans l'herbe humide est un réel bonheur ! Orchis tacheté (Dactylorhiza maculata) avec en arrière-plan un ruisseau dont l'eau scintille au soleil
Je peux varier les spécimens, l'angle de prise de vue et l'environnement, et je ne m'en prive pas.
Après une bonne heure consacrée à ces jolies orchidées, je constate que les cirses des marais (Cirsium palustre) sont régulièrement visitées par quelques papillons. Aucune espèce rare, mais comme pour les orchis, la proximité du ruisseau m'inspire pour essayer quelques images originales. Demi-deuil (Melanargia galathea).
Les cirses sont très convoitées et la concurrence est sévère. Ici, un Demi-deuil et un Grand nacré (Argynnis aglaja) qui se pose, se disputent la place.
Grand nacré (Argynnis aglaja).
Grand nacré devant le ruisseau.
Je crois que je le trouve plus joli de profil avec ses jolies teintes pastel.
Némusien (Lasiommata maera).
Après ce plaisant intermède macro, il est l'heure de déjeuner tranquillement et de m'accorder une sieste réparatrice, bercé par le murmure du ruisseau, à l'ombre d'un alisier. Vers 14h30 je rejoins l'affût, mais comme hier, le vent est instable et je ne crois guère en mes chances de succès. Comme supposé, je ne vois rien passer devant l'affût et, à 18h 30, je décide de démonter et de redescendre. En effet, j'ai gardé en mémoire l'image furtive des 4 grands cerfs en velours aperçus la veille au soir et je décide d'aller voir s'ils sont de nouveau sortis dans la clairière et, si oui, de tenter de les approcher. Bingo ! A 50m de la lisière, je me rends compte que 3 sont bien là. L'un d'entre eux est en train de boire au milieu du ruisseau et, le temps que je finisse mon approche en rampant, il est passé sur l'autre berge et je ne peux plus le photographier. Le second se rapproche à son tour du ruisseau.
Il longe la berge et finit par traverser à son tour sous des frondaisons qui m’empêchent de faire des photos.
Le troisième, quant à lui, mange tranquillement un peu plus loin.
A son tour, il descend peu à peu vers le ruisseau.
Comme les 2 autres, il finit par traverser le cours d'eau, mais malheureusement lui aussi sous des branches basses qui m'interdisent toute photo d'où je suis. Je les regarde s'éloigner tranquillement en broutant sur l'autre versant. Cette clairière, qui s’allonge sur le flanc de la montagne, est coupée en deux par un pli géologique, ce qui fait que lorsque l'on est placé à l'une de ses extrémités, on ne voit pas l'autre. Alors que je la traverse dans le sens de la longueur pour regagner ma voiture, j'aperçois soudain 2 épois en velours qui dépassent derrière la butte. Je me débarrasse de mon sac à dos que je laisse au milieu de la pelouse et j'avise un rocher à quelques pas de moi. Silencieusement et promptement, je me couche derrière et je m'en sers comme support pour l'appareil photo. Il ne me reste plus qu'à attendre qu'il approche ! Peu à peu, les bois grandissent et déjà je vois le bout des oreilles. Cette fois la tête apparaît. Il me tire la langue ! (560mm non recadré).
Il me montre ses dents cette fois !
Le gros avantage du zoom est que l'on peut dézoomer. (220mm).
L'absence totale de bruit du viseur électronique est vraiment un gros plus pour les mammifères, car le seul bruit que j'entends est celui de mon cœur qui bat la chamade dans ma poitrine !
Il se prête au jeu et me présente son autre profil.
Il broute paisiblement à 20 pas de moi !
Il continue d'avancer.
Le voici en haut de la butte, toujours aussi calme !
Soudain, il lève la tête : je pense qu'il vient de repérer mon sac à dos car il ne regarde pas vers moi !.
La réaction est immédiate : il entame une volte !
Il reprend appui sur les deux antérieurs !
Il bondit dans la pente ! Ainsi s'achève cette deuxième et dernière journée en montagne. Une fois de plus, ces deux tentatives d'affût m'ont confirmé que le vent est sans doute le facteur essentiel pour espérer que des cerfs sortent, et cela d'autant plus que l'affût dure longtemps. Je serai donc monté 2 fois pour rien, mais en montagne, il faut aller sur place pour pouvoir apprécier le sens, la force et la stabilité du vent, car le moindre relief impacte énormément ses caractéristiques. C'est le jeu !!! Malgré tout, je reviens enchanté de mon court séjour, car c'est un vrai bonheur de se balader sans voir personne dans un décor aussi beau. En plus, j'ai retrouvé "mes" cerfs, alors que demander de plus ?