Brame 2025

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Du 1er au 15 septembre, je suis dans la forêt landaise à côté de la maison. Sans grand espoir, car c'est encore tôt en saison. Quelques arbustes frottés récemment me prouvent que les cerfs sont arrivés sur les places de brame, pourtant en 8 affûts, je n'en verrai aucun, pas plus que je n'entendrai bramer. Les seules photos réalisées seront celles d'une chevrette et de ses 2 faons .
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Je passe les 2 semaines suivantes chez ma fille qui a déménagé et habite maintenant à proximité d'une grande forêt où les cerfs sont bien présents. C'est un défi pour moi, car je dois presque recommencer à zéro. Cela commence par une prospection minutieuse du massif avec écoutes nocturnes et approches du matin. Cela me rajeunit de 30 voir 40 ans, car il y a bien longtemps que je n'ai pas fait d'approche. Le soir est consacré à l'affût. Le 18 septembre, je m'installe sur une clairière repérée le matin et au lieu des cerfs attendus, c'est un renard qui me rend visite et qui vient vers moi.
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C'est dans ces moments qu'on apprécie pleinement le viseur numérique totalement silencieux.
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Pour peu que l'on soit à bon vent, et c'est bien réel dans le cas présent, on peut assister à de nombreuses scènes de vie sans déranger. Finalement, il s'éloignera au bout d'une vingtaine de minutes passées devant l'affût.
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Le lendemain matin, je découvre un étang entouré par une ceinture de roseaux. De là, je peux entendre 5 cerfs bramer, plus ou moins proches. Je ne réfléchis pas longtemps et je reviens le soir me mettre à l'affût. A 16h 30, un cerf se met à bramer de l'autre côté de l'étang. Je ne le vois pas, mais un autre lui répond peu de temps après, et sort des phragmites en face de moi.
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C'est un cerf magnifique ! Pour une première, je suis gâté ! Pour mon plus grand bonheur, il vient vers moi !
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Un cerf bramant au loin sur ma gauche lui fait tourner la tête et me permet d'apprécier son imposante ramure.
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Il continue d'approcher !
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Il brame devant l'affût !
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Après avoir bramé, il jette un regard vers mon affût ce qui me permet d'apprécier une nouvelle fois ses empaumures aux cors d'une belle longueur, aux pointes bien blanches et ses 2 bois bien noirs se rejoignant presque ! Je le trouve vraiment beau et je l'ai baptisé "l’Esthète", car j'ai déjà un élégant dans ma collection.
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Quand je le vois sentir ce sol humide, j'ai une petite idée de ce qui va arriver !
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Cela commence par un grattage énergique de la boue avec les antérieurs.
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Contre toute attente et à mon grand regret, il ne se souille pas, mais s'avance dans les roseaux en direction de l'eau libre. Il disparaît alors de ma vue, mais je suppose qu'il est parti boire, car il fait très chaud en ce 19 septembre.
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Après quelques minutes, il ressort des roseaux. (Je pense que l'année prochaine, je tenterai de me positionner pour qu'il sorte face à moi de façon à pouvoir le photographier au milieu des roseaux, lui ou un autre d'ailleurs.).
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Un nouveau regard vers l'affût et une nouvelle occasion pour moi d'admirer sa magnifique ramure.
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J'adore ces photos avec l'antérieur levé qui donnent une belle posture au cerf.
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Il poursuit sa marche tranquillement.
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Pour en finir avec ce magnifique cerf, une photo plus classique pour un dernier échange dans un bref regard, juste avant qu'il ne disparaisse dans les brandes. A l'année prochaine j'espère ! ! ! Il sera resté devant moi pendant un peu plus de 40 minutes qui m'ont paru bien courtes !
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Il n'aura au final bramé que 3 fois alors que celui qui brame de l'autre côté de l'étang depuis 16h 30 n'est pas 5 minutes sans se faire entendre. Cela me laisse penser que "l’esthète" n'est sans doute pas le maître de place. A 19h 00, je quitte mon affût et je décide d'aller voir si je peux apercevoir ce cerf aussi démonstratif ! Je contourne l'étang en quelques minutes et bien vite, j'aperçois un 16 cors à travers la végétation. Le plus délicat est alors de trouver un trou pour pouvoir passer la grosse lentille du 300mm f/2.8. C'est maintenant chose faite, mais il se doute de quelque chose.
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Il se déplace un peu pour suivre une biche qui rentre en forêt. Même s'il porte 16 cors, sa ramure n'a pas l'ampleur de celle de l'autre. Néanmoins, il semble plus âgé, son encolure est plus puissante et je ne serai pas surpris que ce soit lui le patron. D'ailleurs, c'est lui qui avait une biche. Ainsi s'achève ma découverte de cet étang. J'y ferai un seul autre affût, sans succès, car mon objectif cette année et de repérer le maximum de secteurs intéressants dans ce grand massif forestier que je découvre.
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Un matin, à environ 2km de l'étang dans une grande clairière de fougères, j'aperçois une ramure qui se promène. Avec un peu de repérage, je pense qu'il sera possible à l'avenir, d'obtenir de beaux clichés, car je trouve le décor somptueux. Il faut pour cela chercher, trouver et apprendre tous ces passages secrets qu'empruntent les cerfs dans ces fougères, afin d'aller les attendre sur l'un d'entre eux.
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Une particularité de cette forêt est de posséder des parcelles où le sous-bois est essentiellement constitué de brandes. Bien sûr, de nombreux cerfs s'y remisent. C'est alors un challenge amusant, pour photographe patient, de tenter une approche. Il faut pour cela tomber sur un cerf coopératif, qui brame régulièrement et qui permet ainsi de le localiser et de s'orienter, car la visibilité est très réduite dans cet océan de brandes de plus de 2m de haut.
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Si on arrive à l'intriguer sans l'inquiéter, il fait souvent les derniers mètres vers le photographe, offrant alors un face-à-face, à quelques pas l'un de l'autre, toujours riche en émotion ! La récompense est bien sûr, cette montée d'adrénaline, car les photos sont souvent très voir trop chargées.
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Ce massif forestier est proche d'une grande agglomération et je craignais que le dérangement soit intense. Bonne surprise, je n'ai pas vu grand monde, juste 3 photographes plus ou moins assidus pratiquant plutôt l'approche et se cantonnant sur un petit secteur d'environ 1500 hectares. Il y a quelques promeneurs, mais je m'attendais à bien pire, surtout avec cette poussée de cèpes exceptionnelle cette année.
Face-à-face sur une allée.
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Une ligne électrique haute tension passe sur une partie du massif et offre une succession de gagnages aux cervidés. Ici une biche et son faon.
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Ici la cellule de base de la population des cervidés : biche, bichette, et faon. On peut bien évidemment exploiter tous ces endroits de bien meilleure façon en se mettant à l'affût latéralement, mais ma priorité était le repérage durant ce brame 2025.
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De nombreuses clairières de fougères donnent aussi l'occasion de belles rencontres !
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Un dernier regard échangé avec ce cerf pour un « au revoir » et non pas un adieu, car c'est certain, je reviendrai ! ! !
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Changement de décor, me voilà dans les Pyrénées, à 1900m d'altitude, après 4 heures de montée ! J'ai le souffle court et ma seule satisfaction est d'avoir encore une fois réussi à accéder à cette vallée d'altitude, enfin presque, car je dois encore gravir ce couloir d'avalanche occupé par un jeune cerf, pour arriver en pelouse, car en ce qui concerne les cerfs, la déception fut à hauteur de la débauche d'énergie. Deux jeunes cerfs se disputaient la place de brame revendiquée il y a 20 ans par une dizaine de cerfs adultes... Même si je sais qu'il ne faut pas vivre avec ses souvenirs, c'est parfois difficile à encaisser. Alors adieu, car je pense que je ne remonterai jamais à cet endroit.
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La place de brame 100%, c'est le nom que j'utilise dans mes carnets de terrain, car en plus de 30 ans de fréquentation, je n'ai pas le souvenir de n'y avoir jamais rien vu sortir !
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Un des rares cerfs adultes observé cette année en montagne !
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Une photo paysage pour illustrer le recul des glaciers. Celui présent en arrière-plan, occupait les ¾ du versant visible de la montagne il y a 30 ans !
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Finalement, c'est un peu plus bas, vers 1600m d'altitude, dans des anciens champs enclavés en forêt que je me procurerai mes meilleurs souvenirs de ce brame pyrénéen. Un daguet précédant une biche sort vers 16h 00.
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Il lève la tête pour écouter un cerf qui brame à quelques centaines de mètres de là.
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Effet trou de serrure sur la biche sortie à son tour.
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Nous retrouvons la biche couchée, tranquille, ruminant devant l'affût. Il est 16h 30.
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Le cerf maître de place que je n'avais pas vu encore, arrive très excité !
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Il brame en direction de la forêt où s'est éclipsée la biche à son arrivée.
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Cette fois c'est en raffûtant au sol qu'il exprime son excitation.
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Il consacre quelques minutes à l'entretien de son pelage.
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Pour mon plus grand bonheur, il vient en marchant vers moi !
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Il avance tranquillement, au pas, et je profite de l'instant !
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Il semble intrigué par cette grosse lentille qui le regarde.
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Mais la curiosité est la plus forte, il approche encore !
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Finalement il s'arrête à une dizaine de mètres pour un portrait souvenir ! Par 3 fois il remontera la pente en s'éloignant doucement de moi et 2 fois il reviendra me voir et s'arrêtera à quelques mètres alors que lors de son troisième passage, il me snobera complètement, passant à 8 mètres de l'affût sans même me jeter un regard !
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Voilà typiquement ce que j'observe à présent sur les places de brame d'altitude. Ce sont des jeunes cerfs (3 ou 4 ans pour ceux -là) qui règnent en maître.
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Ils prennent leur rôle au sérieux et vont même jusqu'à se battre.
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Comme les grands, il pressent de près les biches en chaleur. C'est assez désolant mais je suis bien obligé de constater que dans le secteur que je fréquente si le nombre de cerfs n'a pas diminué, peut-être même a plutôt augmenté, la pyramide des âges est complètement tronquée et la population des mâles est très jeune.